Surnommé « l’élixir du Pacifique », longtemps considéré comme un remède anti-stress bien plus efficace qu’un petit cacheton ou n’importe quel autre médicament prescrit par votre médecin de famille, le kava est un breuvage traditionnel consommé depuis plusieurs siècles en Océanie.

En 1886, le périodique « Archives de médecine et de pharmacie navales » – développé en parallèle à l’expansion coloniale française – parlait du kava en ces termes : « Une potion bien préparée provoque des changements de comportement agréables. Cette boisson est légèrement stimulante et diminue la fatigue. Elle relaxe le corps après l’effort, clarifie l’esprit et aiguise les facultés mentales ».

Cette description résume de manière assez positive les effets de la boisson millénaire qui serait née à Vanuatu avant de se répandre dans tout le Pacifique (Hawaï, la Nouvelle Guinée, les Fidji, les Tonga ou les Samoa Occidentales) et à qui l’on prête volontiers les mêmes vertus apaisantes que l’alcool, la nicotine ou les calmants – sans les inconvénients de types dépendance, addiction ou mort.

Au départ, le kava représente un symbole d’autorité. Il n’est consommé que par certains membres de la tribu : les chefs ou les prêtres. Si les raisons qui poussent un îlien à consommer cette boisson ont évolué à travers le temps, les effets du kava n’ont eux pas bougé d’un iota.

Lors de ses balades dans le Pacifique au XVIIIe siècle, l’explorateur britannique James Cook notait déjà que les marins les plus téméraires, qui s’étaient envoyé des grosses doses de kava derrière la cravate, présentaient des symptômes dignes des grands consommateurs d’opium. La comparaison n’a pas lieu d’être. Le kava est plutôt à ranger du côté des narcotiques doux.

La plante est aujourd’hui devenue une des principales sources de revenu pour de nombreux agriculteurs du Pacifique sud qui ont intensifié sa culture. Ils répondent ainsi à la demande de trois marchés différents ; celui du breuvage (limité aux pays de la région), celui du marché des additifs alimentaires et celui de l’industrie pharmaceutique occidentale – notamment l’Allemagne, où la recherche sur le kava est ancienne et très documentée et la France, où il a été commercialisé par exemple sous le nom de Kaviase et mélangé à du Bleu de Méthylène pour lutter contre les maladies des voies urinaires et de la prostate.

Kava

Fabrication du kava :

L’arbuste à l’origine du kava est le « Piper methysticum » qu’on traduit par « poivrier sauvage ». Il ne pousse qu’au Vanuatu et dans les iles voisines. L’arbuste n’est pas très grand mais ses racines sont énormes. Si traditionnellement les racines étaient mâchées, elles ne le sont plus aujourd’hui, sauf peut-être sur certaines iles du Vanuatu. Les racines sont maintenant réduites en bouillie par des broyeuses et ensuite mélangées à de l’eau.

Kava

Où et comment le boire :

Le kava ne se vend pas dans les débits de boisson habituels. Il ne se vend que dans des « nakamals », dont la traduction malheureuse est « bar à kava ». Les nakamals sont des établissements en plein air. Ils baignent dans le silence et une quasi obscurité. Ils ne vendent que du kava. Les consommateurs d’alcool ou de cannabis n’y sont généralement pas les bienvenus.
Le kava est bu en début de soirée, après le travail. Servi dans une 1/2 noix de coco appelée « shell », il doit être bu d’un trait.
La couleur est grise, Le gout est amer et rappelle celui de la terre. Le résidu en bouche doit être recraché. Généralement des morceaux de pommes ou autres fruits sont mis à disposition des consommateurs pour oublier le gout en bouche. Après avoir déposé la 1/2 coco, on trouve une place sur un banc de bois dans un coin de l’établissement puis on chuchote pour ne pas déranger les autres.

Kava

Les effets du Kava :

Le premier effet du kava se fait sentir immédiatement. La langue et les lèvres se trouvent légèrement anesthésiés un peu comme chez le dentiste. Buvez le kava lentement, vous en ressentirez d’avantage l’effet. Cette anesthésie n’est toutefois pas l’effet recherché. Le véritable effet se fait ressentir après 2 ou 3 shells : Relaxation, effet anxiolitique