En ce 22 juillet, c’est à un fléau majeur en Nouvelle-Calédonie, responsable pour une grande part des violences et de la délinquance des mineurs, que la province Sud a décidé de s’attaquer : la consommation d’alcool.

Plusieurs mesures vont être proposées lors de l’assemblée de Province du 22 juillet : encadrement de l’activité de vente à distance, interdiction de vente sur la voie publique, consolidation de la restriction des jours et horaires de vente, création d’une amende administrative d’un million de francs, renforcement général des obligations d’affichage, obligation pour les discothèques de mettre à disposition de leurs clients des éthylotests et de les informer sur les services de transport nocturnes.

« Ce projet de modification du code des débits de boissons de la province Sud a reçu l’avis favorable de tous les acteurs concernés, communes, Haut-commissaire, Procureur de la République, Gouvernement, acteurs économiques, associations, et a été présenté au dernier Comité Provincial de Prévention de la Délinquance. Il fait partie de l’ensemble du dispositif de lutte contre la délinquance qui nécessite que chacun prennent ses responsabilités dans ses champs de compétence » conclut le président de la Province, Philippe Michel.

Aux vues de ces éléments, Moove revient sur un échec cuisant vieux de 100 ans : La prohibition aux Etats-Unis dans les 1920 :

La Prohibition aux Etats-Unis représente un chapitre particulièrement original de l’histoire américaine ayant eu des effets catastrophiques presque immédiats.

Interdit, l’alcool a revêtu du jour au lendemain la saveur du fruit défendu. Parce que les saloons étaient sordides et les speakeasies élégants, l’ivrognerie devint un vice de riches, phénomène encouragé par le renchérissement des prix de l’alcool clandestin. L’on vit fleurir en quelques mois des milliers de débits de boissons clandestins et une nouvelle industrie de production et de distribution de l’alcool désormais prohibé, le bootlegging.

L’industrie du bootlegging ne fut en effet clandestine qu’en apparence : elle fut, en fait, semi-tolérée et en tous cas protégée par la corruption . Ce fut en effet une véritable industrie qui se développa très vite, couvrant toute la filière : la distillation, le transport, la distribution et la gestion des débits clandestins, ainsi que l’importation. Parce que le développement de cette industrie exigeait des moyens considérables, les bootleggers devinrent des personnages tout-puissants.

C’est ce qui explique le développement massif de la criminalité organisée de type mafieuxthe mob, du fait de la Prohibition. Celle-ci engendra la naissance de gangs, véritables «syndicats du crime» aux ramifications multiples. Ces gangs contrôlaient un réseau d’usines clandestines, de points de distribution et de débits de boissons clandestins, reliés par des flottes de camions et de véhicules, contrôlées par une armada d’hommes de main armés jusqu’aux dents. Ils ne préexistaient pas à la Prohibition, mais en sont directement issus. Ils se sont souvent développés à partir de réseaux de proxénétisme qui, eux, étaient antérieurs à l’adoption du XVIIIème amendement. C’est ainsi que le plus connu de ces gansters, Al Capone, arrivé à Chicago des bas-quartiers de New York en 1920, succéda d’abord à John Torrio, lui-même chef d’un réseau de crime organisé spécialisé dans la prostitution, pour transformer ce gang en un tout-puissant syndicat du bootlegging, surarmé, dangereux et très organisé.

Capone

Ces gangs purent se maintenir en toute impunité grâce à la corruption massive des autorités locales. Les mobsters contrôlent les élections locales, infiltrent l’administration et la justice, cherchent à étendre leurs tentacules jusqu’à la police fédérale. Maires, conseillers municipaux, policiers, juges, tous sont dans la main du crime organisé. Le maire de Chicago dans les années 1920, Big Bill Thompson, incarne jusqu’à la caricature la corruption des autorités municipales. Les gangsters disposent ainsi de permis de port d’arme parfaitement légaux délivrés par des juges locaux, et les chefs de gang, prudents, bien protégés par des avocats acquis à leur cause, se révèlent très difficiles à appréhender. C’est ce qui explique qu’il faudra, pour venir à bout des mobsters, les agents fédéraux du Trésor, les fameux  « incorruptibles» d’Elliot Ness, qui finiront par triompher d’Al Capone en le convainquant de fraude fiscale.

Au début des années 1930, l’échec fut très largement reconnu. Il était évident que la Prohibition avait donné lieu à un boom de la criminalité organisée, et avait contribué à considérablement développer les ravages de la corruption au sein de la classe politique et de l’institution judiciaire. En outre, elle avait causé un dommage évident aux finances publiques : le manque à gagner fiscal et douanier était très  substantiel, fraude et contrebande échappaient à tout contrôle.

En outre, aucune diminution décisive de la consommation d’alcool ne venait compenser ce lourd passif. Bien au contraire ! Ce fut la grande dépression des années 1930 et le fléau du chômage qui eurent finalement raison de la Prohibition et décidèrent les législateurs à agir. Le souci de rétablir les recettes fiscales perdues par l’Etat Fédéral se conjugua à la volonté de créer des emplois dans une industrie de l’alcool re-légalisée.

Il est difficile de trouver des chiffres précis sur les volumes d’alcools consommés avant, et surtout pendant la Prohibition, l’interdiction ayant évidemment sérieusement compliqué la collecte de données fiables. Différentes sources s’accordent pourtant à dire qu’entre la fin du XIXème siècle etla Seconde Guerre Mondiale, la consommation d’alcool par tête aurait plutôt baissé. Ainsi la consommation moyenne au milieu du XIXème siècle aurait été environ quatre fois ce qu’elle est aujourd’hui.

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